LES GRANDS MATCHES DE FOOTBALL RUGBY
Les Tarbais sont Champions de France
4 POINTS CONTRE 3
Hier, à Bordeaux, devant une foule considérable, le Stade Tarbais s'est adjugé la Coupe de l'Espérance battant l'Aviron Bayonnais par 4 points (1 drop goal) à 3 points (1 but sur coup franc).
LE STADE TARBAIS De gauche à droite. — Debout : Jaurreguy (en militaire), Hernandez, Bordevielle, Castérot, Duffour, Nicolaï, Galzay, Vogt, Cassayet. Assis : Bordes, Mandret, Balansa, Ricarte, Hauret, Cayrefourcq frères.
TARBES DECROCHE ENFIN LA VICTOIRE
Bordeaux, 13 avril (par dépêche de notre envoyé spécial). — Enfin, les Tarbais connaissent les douceurs de la victoire, elle leur était bien due après quinze ans d'efforts qui connaissent leur couronnement. Les champions d'Armagnac-Bigorre avaient mis sur pied, en cette fin de saison, un beau team, très homogène, très allant, pratiquant un rugby efficace. Ils ont su le mener à la finale en excellente condition. Les dirigeants tarbais cueillent aujourd'hui le fruit de leur persévérance et de leur dévouement. Bayonne a lutté. L'équipe, composée en grande majorité de jeunes, fut menaçante jusqu'à la fin. Sa défaite vaut une victoire. Battue par un point devant un « quinze » de la classe de Tarbes, c'est un résultat superbe qui ne peut que l'encourager à persévérer dans son magnifique effort. Le vent joua un grand rôle dans le match d'aujourd'hui. Favorable aux Tarbais en première mi-temps, il permit le superbe drop goal de Balansa, parti de 40 mètres. En faveur de Bayonne en seconde, il enleva le ballon botté par Roë de la touche et l'aida à passer entre les poteaux. Aussi, en seconde mi-temps, Bayonne, sentant qu'il ne passerait jamais en attaquant à la main, joua sa seule chance sur le coup de pied. La tactique ne réussit pas, les Tarbais se donnant de l'air par de nombreuses échappées de trois-quarts. C'est bien la meilleure équipe qui a triomphé, celle qui pratiqua le rugby le plus efficace, le plus rectiligne. Elle domina le plus souvent, quoique privée du ballon à la mêlée, comme nous l'escomptions. Mais elle se heurta à une défense farouche du côté bayonnais, défense qui ne laissa rien passer. Il est à noter d'ailleurs que la défense des deux teams fut impeccable. Nous avons dit que le ballon sortit plus souvent aux Basques, mais ceux-ci n'en firent pas un usage satisfaisant. Leurs demis, d'ailleurs trop lents, ne se démarquaient pas et l'offensive, lorsqu'elle n'était pas étouffée au centre, était arrêtée à l'aile sans avoir fait gagner un seul mètre aux attaquants. Dès le premier quart d'heure, il fut évident que Bayonne ne pourrait pas déborder en attaquant à la main, le vice de l'attaque étant initial. D'ailleurs, les trois-quarts tarbais placés en défense, presque exagérément en défense, crevaient l'attaque dans l'œuf. Et, comme Bayonne bloquait tous les départs adverses avec un cœur admirable, il était évident que ce match se jouait sur un coup de pied. Ce ne fut pas du très joli rugby, surtout en première mi-temps, mais du jeu honnête, sans finesse, du jeu classique à Tarbes, du rugby adroit et vif, mais dépourvu de perçant à Bayonne. Tarbes a cependant présenté le meilleur team de la saison. A lui va la palme pour la première fois. Bravo, les Tarbais !
Avant le match
Dès 11 heures du matin, la foule afflue sur le terrain du Stade Bordelais, au Bouscat. La pluie tombe de temps à autre, par bourrasques. L'après-midi s'annonce sous de fâcheux auspices, mais à 13 heures le temps s'éclaircit et la partie se déroulera sous un ciel nuageux mais sans pluie. Tout ce que le Midi compte de fervents de rugby est sur le « ground » du Bouscat. Ils sont là 12 à 15.000 vibrant d'enthousiasme. Les Basques sont en majorité coiffés du petit béret, le makila en main, ils entonnent de joyeux refrains, acclamant leur favori : l'Aviron. Ils sont certainement plusieurs milliers. Reconnus au hasard dans les tribunes : MM. Maxwell, Lalanne, Cazala, Reichel, Chorribit, Mounus, Lalande, etc. Une heure avant le match, les tribunes et la pelouse regorgent de monde et plusieurs centaines de spectateurs se sont juchés sur le toit des tribunes et du vestiaire.
Les équipes
Les équipes étaient les suivantes : Aviron Bayonnais. — Arrière : Guéracague ; trois-quarts : Pardo, Lassère, Roë, Michino ; demis : Erricaret, Landrieu ; avants : Lozano, Saubion, Vignau, Artiguelongue, Andia, Frankholl, Laurent, Fernand Forgues. Stade Tarbais. — Arrière : Balansa ; trois-quarts : Cayrefourcq frères, Bordes, Jauréguy ; demis : Mandret, Ricarte ; avants : Duffour, Hernandez, Castérot, Nicolaï, Bordevielle, Vogt, Galliay, Cassayet.
La partie
Les équipes entrent sur le terrain très acclamées. MM. Magnanou et Gondouin arbitrent la touche. Jeu indécis. Bayonne attaque, puis le ballon sort à Tarbes. Ricarte déclanche Jauréguy, qui est plaqué aux 22 m. de Bayonne. Guéracague fauche dans ses buts. Attaque immédiate de Bayonne. Roë donne un coup de pied à suivre et le jeu est au centre. Les Basques ont la balle mais Tarbes contre-attaque de toute la ligne de ses trois-quarts. Belle touche de Mitchino et le jeu est dans les 22 m. Tarbais. Un coup franc à Bayonne, Roë manque le but. Le jeu est égal. Jauréguy est légèrement touché. Balansa trouve de très belles touches. Là sur les buts bayonnais, Guéracague fait un renvoi au centre ; Balansa se saisit de la balle et des 40 mètres réussit un superbe drop-goal du gauche. Tarbes : 4 points. Des applaudissements nourris retentissent. Tarbes domine nettement ; il a le ballon et attaque, mais une mauvaise passe ramène le jeu au centre, puis Bayonne menace à son tour sans pouvoir passer. Les Tarbais dégagent. Des 40 mètres Balansa rate de peu un nouveau drop-goal, puis Lozano, touché à la tête, quitte quelques minutes le terrain et c'est la mi-temps. Les partisans du Stade Tarbais chantent des refrains du pays de Bigorre. Les Basques, à leur tour, entonnent de bruyantes irriginas.
La deuxième mi-temps
Bayonne joue avec le vent. Le ballon sort à Bayonne. Roë, bien servi, donne un coup de pied à suivre et Lasserre fait un léger en-avant près des buts. Presque aussitôt, sur faute, Flagrancé, de Tarbes, l'arbitre, accorde le coup franc et Roë réussit le but de la touche. Tarbes, 4 points ; Bayonne, 3 points. Superbe attaque des trois-quarts tarbais arrêtée en touche. Roë manque de peu un nouveau but et à nouveau les Bigourdans font donner l'aile Bordes-Jauréguy. Ce dernier est fauché aux 22 mètres. Balansa doit toucher dans ses buts. A son tour, Tarbes menace, mais une belle trouée de Forgues reporte le jeu aux 22 mètres Bigourdans. Roë passe à l'ouverture, Landrieu trois-quarts centre. Dangereuse attaque de Bayonne. Balansa doit toucher dans ses buts. Au centre, sur un coup de pied de Roë, Jauréguy reprend la balle, file et recentre à Ricarte qui est plaqué à 5 mètres des buts bayonnais. Superbe attaque de la cavalerie tarbaise qui échoue de peu. Balansa se surpasse, c'est la fin. Tarbes gagne par 4 à 3. L'équipe est acclamée. Duffour, Ricarte et Balansa sont portés en triomphe.
Considérations sur les joueurs
Tarbes a triomphé parce qu'il avait une équipe complète et homogène dans toutes ses lignes et parce qu'il avait Balansa qui fut le roi de la partie. Rarement nous vîmes arrière plus adroit, plus sûr, doué d'un meilleur coup de botte. Par instants il nous rappelle l'Afrikander Morkel. Il ne fit pas une faute et se montra l'égal de Dutour dans ses meilleurs jours. Départs bien plus droits à Tarbes, avons-nous dit, et offensives naturellement bien plus dangereuses. Conséquences du jeu supérieur des demis bigourdains, de Ricarte surtout, qui sut déclancher convenablement ses trois-quarts. Mandret fit une partie très active, à la mêlée, quoique touché à l'épaule. Ricarte fut excellent à l'ouverture. En trois-quarts la ligne est adroite et part très perpendiculairement. Mais Bordes ne put pas utiliser Jauréguy comme il aurait voulu, ce dernier incomplètement remis, n'étant pas en possession de tous ses moyens, néanmoins le grand Tarbais fut redoutable plusieurs fois. Cayrefourcq joua convenablement, mais sembla, par deux fois, manquer de sa décision habituelle. Les avants, battus en mêlée et en touche longue, se rattrapèrent en touche courte et firent une belle partie en jeu ouvert. Le meilleur de la ligne fut Lassayet, digne de la cape, après lui vint Nicolaï et Golliny ensuite. A Bayonne, l'équipe joua avec ce cœur, cet allant admirable que nous lui connaissons bien. Très en souffle, ardente, très adroite, elle manque d'un demi d'ouverture perçant, qui puisse donner du travail avec ses trois-quarts. Guéracague, pas à sa place, fut un arrière honnête, les trois-quarts, les centres, ne purent pas partir droit étant servis trop lentement. Les ailiers n'eurent pas le champ libre pour foncer. La défense des quatre fut très sûre, Landrieu très adroit, souvent bien inspiré, ne perce pas. Il est vrai qu'Erricaret, excellent dans tous les autres départements du jeu, lui passe trop lentement à la mêlée. Très belle ligne d'avants, bien soudée, qui fit une superbe partie, à la mêlée, à la touche, dans le jeu ouvert. Malgré le handicap de deux hommes touchés elle fut superbe, quoique encore un peu jeune. Les meilleurs furent Laurenc, Forgues, Artiguelongue, Frank-Holl, le premier surtout. La recette se chiffre à 32.000 francs, un record pour le sud-ouest. La victoire de Tarbes est fort bien accueillie ; très sportivement, malgré leur faible écart de points, les Bayonnais s'inclinent.
MES IMPRESSIONS PAR ALBERT CHATEAU, international
Un drop goal contre 1 but sur coup franc ! La brutalité de ce résultat indique suffisamment l'intensité de la lutte, si l'on considère surtout que la qualité dominante des équipes en présence était l'attaque et qu'elles s'employèrent à attaquer chaque fois que les circonstances le leur permirent. Dès le premier départ des trois-